Newer posts are loading.
You are at the newest post.
Click here to check if anything new just came in.
cleptonaute
20:02

Le plagiat d’Ardisson IV : Le communiqué de Jean Robin

J’aurais peut-être dû commencer par là... mais pour moi, ça a commencé par le piratage d’Europe 1 par Jean Robin.

Voici le communiqué de presse intégral du 14 septembre 2005 de Jean Robin.

Thierry Ardisson a menti sur son plagiat : Le livre maudit de Thierry Ardisson, par Jean Robin, le 14.09.2005

Contrairement à ce qu’il affirme dans son dernier livre qui sortira le 16 septembre, son autobiographie "Confessions d’un baby-boomer", Thierry Ardisson n’a pas plagié "6 pages" pour son livre "Pondichéry", sorti en 1993, mais au minimum 10 fois plus. Et tout laisse à croire que la moitié de ce livre n’a pas été écrite par le producteur-animateur bien connu. Puisque Ardisson a menti sur cette histoire, rien ne prouve qu’il n’ait pas menti sur le reste de son histoire. Et rien n’oblige la nouvelle direction de France Télévisions, si elle veut être crédible, à garder dans ses rangs un plagieur doublé d’un menteur avérés.

Explications.

Thierry Ardisson : un DJ modèle

Il semble bien que l’admiration vouée par Thierry Ardisson au phénomène " Dee-Jay " (DJ, de l’anglais ’disc-jockey’) soit sans limites. En effet, après avoir commencé par en être lui-même un, à 16 ans, il a instauré une tradition à la fin de l’émission " Tout le monde en parle " (l’émission phare qu’il produit et anime) : le " blind-test ", jeu consistant à découvrir le nom d’une chanson dès ses premières mesures, lancées par ... un dee-jay. Mais cette admiration ne s’arrête pas là. En effet, l’une des caractéristiques de la culture DJ est de créer de nouveaux morceaux de musique à partir de morceaux déjà existant. Et Ardisson, qui a rapidement abandonné les clubs pour se mettre à écrire et faire de la télévision, ne s’est pas gêné pour importer ces méthodes dans les milieux qu’il investissait.

Ainsi, en 2002, alors qu’il se plaignait du fait que l’on plagiait ses idées (en visant notamment Marc-Olivier Fogiel et Daniela Lumbroso), il interviewait Jean-Paul Gaultier le 26 janvier dans "Tout le monde en parle". L’ennui c’est qu’il plagiait ainsi son propre entretien avec le même invité quelques jours auparavant dans l’émission "Rive Droite, Rive Gauche" sur Paris Première. (source : www.boycottes.com)

Bien pire, en 1994, il est convaincu de plagiat pour le livre " Pondichéry ", aux éditions Albin Michel. Ne pouvant apparemment pas faire autrement, il se fait même fort de l’avouer, dans un quotidien de grande diffusion : " C’est une connerie, c’est vrai. J’ai piqué 70 lignes sur un bouquin de 300 pages (...), mais cela ne m’empêchera pas d’en écrire un autre. " (France-Soir, 14 février 1994), et n’oubliait pas au passage d’endosser le rôle de la victime : "J’en ai été profondément humilié.", comme le rapportait le quotidien Libération

Rien de nouveau sous l’Ardisoleil, me direz-vous : on sait déjà tout ça ! Oui, mais cela ne coûte rien de se rafraîchir un peu la mémoire, au moment où sort son nouveau livre, difficilement un plagiat celui-là (encore que), son autobiographie (" Confessions d’un baby-boomers ", éditions Flammarion, 18,91€ sur fnac.com). Et dans cette autobiographie, qu’apprend-on ?

" On m’en parle depuis 10 ans de ces six pages recopiées sur les trois cents que comporte le livre ! J’ai pris dix piges ! Y a des jours, je ne sais pas si toutes les vérités sont bonnes à dire. [...] Cette faute m’a complètement coupé les ailes. Mon intérêt pour l’écriture s’est effondré sous le poids d’une espèce de culpabilité sociale de petit-bourgeois, mais surtout de honte intime. [...] Pondichéry. Je n’aime pas cette cicatrice-là. " p. 300 - 301.

Quelques mois avant l’annonce de la sortie de cette autobiographie, et avant même d’en apprendre l’existence, ma curiosité m’avait poussé à relancer les recherches sur son plagiat avéré, pour être sûr de n’avoir pas été dupé deux fois. Et la conclusion est en ligne avec le reste : Ardisson a bien menti au public deux fois de suite, et ce royalement. (après tout, Ardisson ne se dit-il pas royaliste ?)

Après le plagiat, le mensonge

Comme il l’avoue lui-même dans " Confessions... ", Ardisson a bâti sa carrière sur le mensonge : " Mais ce qui nous faisait bouffer, c’était la pub, et il fallait commencer par trouver des clients. [...] Tu parles. Tu parles tout le temps. Il faut parler en permanence. Un temps mort et t’es mort. Il faut être surtout bon menteur. La pub, c’est de la pédagogie menteuse." p. 176 - 177

Le journaliste qui l’interviewe, Philippe Kieffer, ne peut s’empêcher de se poser lui aussi la question, mais il ne prendra pas la peine de vérifier l’information sur Pondichéry :

" Combien de fois, pendant ces entretiens, j’ai pu interrompre Thierry d’un " Attends, t’es bien sûr de ne pas réinventer ou enjoliver un maximum, là ? " Combien de fois ? Assez souvent pour préférer vous en épargner la répétition. [...] il m’est arrivé, donc, devant le foisonnement et l’énormité des épisodes racontés, de me dire : Et si c’était faux ? Si j’avais affaire au plus illusionniste des mythomanes ? " p. 180

Il avait pourtant tout le temps de le faire, puisqu’il dit lui-même que ce livre leur ont pris deux ans. Bref, encore un qui s’est fait avoir par le docteur ès mensonge Ardisson, qui se permet encore d’en rajouter une couche :

" J’ai pas mal de défauts, Philippe, ça ouais ! Mais je ne suis pas mytho ! Putain, je ne vois pas l’intérêt de te raconter des conneries. Ce que je te dis, je l’ai vécu. Point barre. " p. 180

En effet, il n’y a aucun intérêt, sauf à ne pas passer pour un menteur !

Après la pub, et bien avant la publication de " Pondichéry ", Ardisson est devenu un incontournable du PAF, invitant le gratin du show-biz, de la politique et du ’tout-Paris’ dans ses émissions, pour que ces personnalités lui confient leurs petits secrets... Et Ardisson, un provocateur dont le style a été depuis imité par Marc-Olivier Fogiel notamment (son ennemi juré), n’hésite pas à faire pleurer ses invités (l’actrice Milla Jovovich par exemple, à qui il rappelle publiquement que son père est un escroc, ce qui la vexe profondément et lui fait immédiatement quitter le plateau) ou à leur faire la morale, comme par exemple Dieudonné :

" T. Ardisson : Est-ce que vous êtes conscient quand même que là vous êtes sur une route qui vous coupe du reste du monde ? Dieudonné : Qui me coupe du reste du show-business. Mais pas du monde. Ma salle est pleine depuis le... T. Ardisson : Non mais ça, vous trouverez toujours des gens pour aller vous voir. Le Pen il fait 19% des suffrages... " Tout le monde en parle, décembre 2004

Mieux encore, il ne s’est pas privé d’inviter d’autres plagieurs convaincus comme lui, Calixthe Beyala par exemple, condamnée une fois pour plagiat (Le Petit Prince de Belleville, un an avant Ardisson, en 1992), et qui a plagié dans au moins deux autres de ses livres suivants, " Les Honneurs perdus ", et " Assèze l’Africaine ", tous deux parus en 1996. (source : site www.leplagiat.net)

Il paraissait normal de se replonger dans les vicissitudes de l’amuseur public n°1, qui semble être le meilleur pour se placer dans l’attitude de l’accusateur, de façon à ne pas avoir à jouer le rôle de l’accusé.

En 1993 paraît donc " Pondichéry ", un " succès immédiat " dixit Ardisson lui-même (" Confessions... p. 299). Mais un prof d’histoire de la Réunion découvre le pot aux roses, et Ardisson, en bon communicateur, trouve plus d’avantage à avouer un ’petit’ plagiat que de nier l’évidence, ce qui aurait eu des conséquences bien plus importantes sur son image, bien qu’il prétende le contraire dans " Confessions... ". (p. 300)

On nous dit qu’Ardisson et les éditions Albin Michel ont décidé en 1993 de mettre au pilon tous les exemplaires de " Pondichéry " (source : site www.leplagiat.net). Cela paraîtrait d’ailleurs normal, les plagiats étant comme de la fausse monnaie... Or on peut constater, 13 ans plus tard, qu’il est toujours disponible sur les sites de vente en ligne (et en version neuve), que sont Alapage.fr, et Amazon.fr, notamment (2 des sites de vente de livres les plus importants de l’internet français). Réaction de cette maison d’édition interrogée sur le sujet : " Etant donné que cela s’est passé il y a 13 ans, les gens qui s’en sont occupés ne font plus partie de la maison ! "

En d’autres termes : circulez, y’a rien à voir !

Par ailleurs, nous l’avons vu, prenez des notes, Thierry Ardisson, dans une interview accordée à France Soir en 94, reconnaissait le plagiat, en parlant de " 70 lignes piquées ", soit 2 pages. Dans son dernier livre, il parle de 6 pages (eh oui, l’inflation existe aussi dans le plagiat !), espérant ainsi que le grand public continuerait de lui appliquer le proverbe : " Faute avouée à moitié pardonnée ".

Or, après vérification il s’agit de près de 1800 lignes, représentant des centaines de passages que Thierry Ardisson a " pompés " non pas dans un, ni deux mais dans au moins cinq livres ! (je dis ’au moins cinq’ parce que j’en ai identifié cinq, qui sait, à part Ardisson lui-même, combien de livres en tout ont été plagiés par lui...) Personne ne semble avoir mis en doute sa parole, lui qui venait pourtant de reconnaître avoir plagié... La sortie de son nouveau livre permettait de rétablir la vérité, mais il a préféré refuser de reconnaître l’ampleur démesurée de ses propres fautes, tout en montrant qu’il avait le courage de reparler de cette période si douloureuse pour lui, et qu’il ne cachait rien. Cette information est même jugée suffisamment importante par l’équipe du Nouvel Observateur pour la publier en ’brèves’ du numéro précédant la sortie du livre. (pour lui faire de la pub ?)

Philippe Kieffer lui-même, un journaliste chevronné, n’a pas jugé utile de mener une contre-enquête qui est pourtant à la portée de n’importe qui de motivé, comme j’en suis la preuve. Ardisson lui avait pourtant encore laissé des indices, comme il en a laissé dans " Pondichéry ", j’y reviens plus loin :

" Ardisson : J’accumule des notes pendant des mois. J’ai aussi un documentaliste qui travaille pour moi et qui réunit une paperasse extrêmement volumineuse. Kieffer : Un documentaliste ou un " nègre ", Thierry ? On entre peut-être dans une zone de turbulence, là. Mais non. Même pas. Il devine la remarque et enchaîne. Ardisson : Un documentaliste, Philippe, pas un " nègre ". J’avais un mec qui allait chercher des documents à la Bibliothèque nationale. A part ça, j’écris moi-même. Sinon, ça m’aurait pris moins de temps. J’y ai passé trois ans, sur ce bouquin ! " (" Confessions... ", p. 297)

Voyons précisément comment Ardisson, qui veut manifestement faire pleurer dans les chaumières, a passé ces trois ans, si vous le voulez bien.

Ardisson a tout d’abord puisé dans le livre " Dans l’Inde du Sud, le Coromandel ", roman d’un voyageur du XIXè siècle dénommé Maurice Maindron. Etant donné la date récente de la nouvelle publication du roman (édité d’abord en 1907, puis réédité en 1992), Ardisson aura la main légère sur celui-là, comme sur " Les anciens Comptoirs français de l’Inde : Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanon ", récent lui aussi. Quelques lignes seulement de copiées sur chacun. Il est évident que Thierry Ardisson a eu entre les mains ce dernier ouvrage, qui regroupe de nombreux extraits de livres et de témoignages sur Pondichéry. Ce beau livre de photos et de textes est publié l’année qui précède la sortie de " Pondichéry " d’Ardisson, et celui-ci y a pioché une bonne partie de son " inspiration " : une partie d’un commentaire, et surtout les premiers extraits d’un roman, qu’il décidera de se procurer pour s’en inspirer plus largement, " De Lanka à Pondichéry " de Douglas Taylor, qui date de 1931. Ce sera l’un de ses 3 piliers pour " créer " son livre-roman-plagiat, avec " Désordres à Pondichéry " de George Delamare (1938) et " Créole et Grande Dame " (1956). De chacun de ces livres, il " empruntera " au moins trois pages de suite, en plus de tous les autres paragraphes, phrases et morceaux de phrases. Cela fait beaucoup...

Voici le décompte final : Emprunts et périphrases de " Créole et Grande Dame " : 618 lignes (soit un peu plus de 20 pages) Emprunts et périphrases de " Désordre à Pondichéry " : 680 lignes (soit un peu plus de 22 pages) Emprunts et périphrases de " De Lanka à Pondichéry " : 473 lignes (soit un peu plus de 15 pages)

Dans chacun des cas, le nombre de périphrases (reformulations) représente moins de 10% du nombre d’emprunts (mot pour mot).

Au total, ce sont donc au minimum près de 60 pages, soit 10 fois plus que ce qu’annonce Ardisson, qu’il a plagiées d’une manière sûre et certaine.

Pour le reste, de sérieux doutes planent sur au moins 2180 lignes supplémentaires (soit un peu plus de 72 pages), qui sont tirées avec certitude de livres d’histoire, que ce soit de la période de Dupleix ou de la 2ème Guerre Mondiale et de la décolonisation. D’autant qu’Ardisson semble avoir laissé des indices, comme il en a laissé un qui s’est avéré vrai pour " Créole et Grande Dame " (voir la partie " quelques extraits savoureux " plus loin) : " La Vie de Dupleix, c’était mon livre préféré. ", fait-il par exemple dire au héros au beau milieu de ce genre de texte historique. Ou bien encore, un peu plus loin : " Une partie de la planète était en guerre et l’autre écoutait la radio. Moi, je lisais des livres d’histoire de France. " Ou enfin cette phrase, qui résume bien le fait qu’Ardisson fera citer Sarraut par son héros une bonne dizaine de fois : " Et puis, pour le bilan comme pour les objectifs, il suffisait de lire Sarraut ! " Qui sait ? Ardisson a-t-il pioché dans " Dupleix conquérant des Indes fabuleuses ", de Luceney (1946) ? Ou encore " Grandeur et servitude coloniales " de Albert Sarraut (1931) ou d’autres ... ? La seule certitude, c’est qu’on ne peut pas ne pas se poser la question. En tout cas l’été passé sur ce plagiat ne m’aura pas permis d’en déceler tous les secrets, mais au moins de rendre visible une partie importante de cet immense iceberg de mauvaise foi et de mensonges.

Pour résumer, si on enlève les passages plagiés pour sûr, les périphrases et autres reformulations sûres elles aussi, et les passages tirés de livres d’histoire, et sans compter les passages plagiés et reformulés pour sûr que j’ai forcément ratés, que reste-t-il du livre " Pondichéry " qui fait 321 pages ? A peine la moitié... C’est très loin des 2 pages, ou même des 6 pages qu’Ardisson a déclaré avoir plagiées, se contredisant d’ailleurs à 13 ans d’intervalle. Qui sait ? Sans cette enquête il aurait peut-être affirmé, dans 13 ans, avoir plagié 18 pages au lieu de 6... En vérité, et au minimum, son plagiat concerne donc, on peut en être sûr, de l’ordre de 60 pages.

Ce qu’on peut ajouter sur ce sujet, c’est que Thierry Ardisson, même s’il a été aidé, a dû mettre énormément de temps pour assembler ce puzzle géant. Certaines pages sont constituées de passages issus de chacun des trois livres, d’autres ont été réécrites, remaniées, paragraphe après paragraphe, phrase après phrase, mot après mot... Mais même cela semblait plus simple à Ardisson que d’écrire un vrai livre !

La justice et le plagiat : Ardinnocent ?

De combien aurait dû écoper Thierry Ardisson pour un tel plagiat ? Difficile de le savoir, ce genre d’affaires se réglant généralement au cas par cas. Mais enfin, si l’on peut se référer au cas d’école que représente le plagiat d’un livre sur Spinoza par Alain Minc, on peut estimer que Thierry Ardisson et sa maison d’édition (Albin Michel) auraient dû le payer très cher aux auteurs et divers ayants droits. Ainsi, pour le recopiage " servile " (mot employé par le juge) de 37 passages allant de 2 à 57 lignes chacun, Alain Minc et les éditions Gallimard avaient écopé de 100 000 francs de dommages et intérêts, auxquels se rajoutaient environ 25 000 francs de frais divers (soit en tout 19 000 €). Ardisson a plagié bien plus du triple de passages, certains dépassant les 130 lignes de suite...

Mais là où Ardisson a été plus malin que Minc, et c’est ce qui l’a sauvé par rapport à la justice, c’est qu’il a pris la peine de sélectionner les livres principaux à plagier, même s’il en a plagié plusieurs, non pas par rapport à leur intérêt littéraire, mais surtout par rapport à leur date de parution : entre 1931 et 1956 (là où Minc avait plagié en 1999 un seul livre, certes confidentiel, mais publié deux ans avant seulement). De quoi être à peu près certain qu’aucun de ces auteurs, dont la plupart devaient être déjà décédés en 1993, ne reconnaissent leurs phrases sous la plume du nègre Ardisson (alors que ce fut le cas pour Minc). Et en effet, aucune plainte ne fut portée. C’est le Canard Enchaîné qui révéla l’affaire, sans doute à partir d’une fuite, et elle se régla en catimini par la suite, Albin Michel promettant de mettre tous les exemplaires du livre maudit au pilon. (sans le faire pour autant, comme on l’a déjà dit) Moi-même, je dus pour mener cette enquête débourser des sommes conséquentes pour me procurer ces livres (près de 150€ les trois), qui ne se trouvent même plus en bibliothèque. De quoi décourager les curieux mais pas très motivés.

Par contre, là où Ardisson a été moins malin que Minc et sa fine équipe, c’est qu’il a " sottement plagié " (voir plus loin pour l’explication sur la provenance de cette expression, que je n’ai pas inventée) : la plupart du temps, ce ne sont pas des phrases ou même des paragraphes qu’il puisait, mais des pages voire presque des chapitres entiers, là où Minc agissait par touches. Ceci garantissait d’ailleurs à ce dernier devant les tribunaux une simple "contrefaçon partielle", là où Ardisson aurait sans nulle doute écopé d’une contrefaçon étendue.

Autre chose : les deux livres, " Spinoza, un roman juif " de Minc, et " Pondichéry ", de Ardisson, sont tous les deux disponibles neufs sur internet : alapage.fr, amazon.fr, là aussi. Vous trouvez choquant que des auteurs et des maisons d’édition gagnent encore de l’argent avec des livres convaincus de plagiat, tout en continuant à diffuser leur fausse monnaie littéraire sur le marché ? Qui s’intéresse à vos états d’âme ? Certainement pas ces maisons d’édition (Gallimard et Albin Michel, faut-il le rappeler).

Albin Michel semble relativement coutumière du fait : plus récemment, voici les publicités géantes, que l’on voyait partout (métro, Salon du livre, etc.), par lesquelles la célèbre maison d’édition vendait un de ses plus prolixes écrivains, pour la sortie de son dernier livre, " L’arbre des possibles " : " Des fourmis à l’ultime secret, Bernard Werber a déjà fait rêver plus de 5 millions de Français. " Mais quand on allait sur le site internet d’Albin Michel, ce que beaucoup moins de personnes font, voici ce qu’on pouvait lire au même moment : " Bernard Werber est un phénomène de librairie (plus de 5 millions d’exemplaires vendus en France, 10 millions dans le monde !). " (on peut d’ailleurs encore trouver cette phrase, sur une vingtaine de sites internet qui la reprennent, en la tapant dans Google) Conclusion : soit chacun des lecteurs de Bernard Werber n’a lu qu’un seul livre de cet auteur (si chacun en a lu 5, ce qui est plus probable, ça ne fait plus qu’un million de Français), soit Albin Michel confond à son avantage " personne " et " exemplaire " ! Et dans ce cas il s’agit d’une publicité mensongère.

Enfin, deux des trois livres qui sont des plagiats avérés de Calixthe Beyala, dont un a été condamné par la justice, ont été publié par Albin Michel à peu près dans les mêmes années que " Pondichéry ". Et devinez quoi : ils sont toujours disponibles neufs sur amazon.fr et alapage.fr. On peut même imaginer que c’est dans cette maison d’édition, dans l’un des cocktails qui sont souvent organisés, qu’Ardisson et Beyala se sont rencontrés, et ont pu échanger des astuces sur l’art dans lequel ils étaient devenus maîtres. Qui sait ? L’un a peut-être même aidé l’autre... Il n’y aurait là rien d’étonnant en tout cas.

Dernier point commun, et de taille, entre les deux plagiats d’Ardisson et Minc : les deux hommes qui les ont commis occupent encore à ce jour, longtemps après leur acte indigne, de hautes fonctions dans le système médiatique français : Minc est toujours Président du Conseil de Surveillance du Monde (quotidien français de référence, excusez du peu), fonctions qu’il occupait déjà au moment de sa condamnation ; Ardisson anime et produit certaines des émissions d’infotainment parmi les plus regardées du PAF... Après tout, ils ne sont pas les seuls, PPDA est devenu récemment le plus ancien présentateur de JT du monde (Dan Rather aux USA ayant tiré sa révérence), après avoir été condamné à de la prison avec sursis dans le procès Botton.

C’est bien ceci qu’il faut retenir je crois de tous ces cas de tricheries avérées, et contre lesquels il convient de se battre jusqu’à ce que le système change. En attendant, diffusons encore et toujours ce genre d’informations, en espérant qu’elles referont surface au coeur même de la machine médiatique, en jouant leur rôle dissuasif pour l’avenir, et gardons à l’esprit cette maxime : "La vérité ne triomphe jamais, ce sont ses ennemis qui finissent par mourir."

" Pondichéry ", livre maudit qui avait déjà fait tomber une première fois le roi Ardisson, en lui imposant une longue traversée du désert non-audiovisuel, pourrait très bien le faire tomber une deuxième fois, ce qui ne serait que justice.

Sur le plagiat de Pondichéry en lui-même

Les histoires

" Créole et grande Dame " est un livre historique, dans lequel Ardisson a pioché des pages entières sur les années 1700 à Pondichéry, sa prise par les Français, la bataille et le siège par les Anglais, etc. Ardisson, on ne sait trop pour quelles raisons, opère quelques modifications historiques. Ainsi, il modifie l’âge qu’avait Dupleix quand il arrive à Pondichéry : 25 ans au lieu de 27 selon " Créole et grande Dame ". Il modifie certains noms de lieux, ainsi le Carnatic devient le Carnate. Il modifie aussi le nom de l’ami de Dupleix, Vincens, alors que celui-ci s’appelait " Vincent ". Il fait même mourir ce dernier dans un naufrage, alors qu’il décéda de maladie sur la terre ferme.

" De Lanka à Pondichéry " est un roman, une histoire dont Ardisson va plus que s’inspirer : il va l’aspirer, tout comme celle de " Désordres à Pondichéry ", comme nous le verrons juste après. Le narrateur de cette histoire est une sorte de philosophe, patriote et humaniste, qui voyage avec sa femme " de Lanka à Pondichéry ", comme le titre l’indique, en offrant au lecteur un véritable guide touristique et philosophique des endroits qu’ils visitent. Après un long rappel historique et une présentation de son héros, Dorgères, le récit d’Ardisson débute sur un bateau qui mène ce héros de la France à Pondichéry, tandis que celui de " De Lanka à Pondichéry " commence sur ... un bateau menant le narrateur de France à Pondichéry ! Ardisson opère là aussi certains changements, sans doute pour montrer à celui ou celle qui décèlera son plagiat quelles touches personnelles il a voulu imprimer au récit. Par exemple, le pier, " longue estacade en fer de 500 mètres ", devient pour Ardisson un " éperon en fer pointé de 340 mètres "...

" Désordres à Pondichéry " est donc un autre roman plagié par Ardisson. Gourdieu, l’ancien négrier comploteur communiste, devient, tour à tour et selon les meilleures occasions de plagiat, le héros d’Ardisson, Dorgères, ou bien Jano, le ... comploteur communiste. Morel, l’industriel dans l’indigo turquin, devient Dubois... industriel dans l’indigo turquin. (le nom de Dubois n’est d’ailleurs pas choisi au hasard, Ardisson l’a trouvé dans " Créole et Grande Dame ", où un Dubois est aussi mentionné parmi l’entourage de Dupleix) Françoise, fille de Morel, devient Jehanne, fille de Dubois. (comme par hasard, la femme de Dupleix, dite " La Grande Dame Créole ", d’où le titre du livre, s’appelait aussi Jehanne) Nehrunu, intellectuel licencié ès lettres, qui fomente un complot communiste, devient Arun Rajah, un ’intellectuel’ qui ... fomente un complot communiste aussi. Seuls quelques personnages gardent leurs noms dans les deux romans, les La Verdière, le trésorier-payeur et sa grosse femme, originaires de Poitiers, et Krishna, danseuse sacrée. Les noms de lieux, selon le goût d’Ardisson, changent (’Gingy’ pour ’Gingey’) ou restent les mêmes (’Pondichéry’ bien sûr, mais encore ’Valdaour’, etc.) Alors que dans " Désordres à Pondichéry " Gourdieu vient en espion à Pondichéry, faire ce qu’on appellerait de " l’espionnage économique " afin de récupérer les secrets de fabrication de l’indigoterie de Morel, et renverser le régime au profit des communistes, dans " Pondichéry " Dorgères est un gaulliste qui rêve de faire régner les valeurs des trois couleurs, Liberté-Egalité-Fraternité, sur Pondichéry en train de devenir indépendant. On n’apprend qu’à la fin du livre d’Ardisson l’existence de ce complot, c’est le héros d’Ardisson devenu vieux qui le lui raconte.

Mais dans les deux livres, la fille de l’industriel indigotier tombera amoureuse d’un anglais, ce qui causera le malheur de son père patriote. La différence tient au fait que dans ’Pondichéry’, la fille est mariée puis divorcée du héros d’Ardisson, Dorgères, alors que dans ’Désordres à Pondichéry’ elle ne se marie jamais avec personne, et refuse même dans les dernières pages de rejoindre son amant anglais, et donc de trahir son père.

Sans doute pour tenter de faire illusion, Ardisson ira jusqu’à s’intégrer lui-même dans son récit, en racontant sa rencontre avec le héros de son roman, devenu vieux, et en expliquant clairement qu’il travaille à la télévision :

- " Ainsi, vous êtes un émissaire.... Que faites-vous dans la vie, quand vous n’êtes pas à Pondichéry ou ici, à annoncer à un mort-vivant la disparition d’un mort-né ?
- Je travaille à la télévision
- La télé ! J’en aurais des choses à dire à la télé, et des idées, des films... Je vous raconterai. "

Ces lignes-là, on peut être à peu près certain que c’est lui qui les a écrites !

Dernière chose, mais qui relève plus de l’opinion personnelle, le livre d’Ardisson me paraît, et de très loin, le plus bancal, mal construit, et inintéressant des 4 livres. Cela vient sans doute de tous ces rafistolages, qui finissent par peser sur la narration, notamment ces alternances constantes entre passages historiques, narration littéraires puis retour au présent dans la ville de Sartrouville où vit le vieux héros d’Ardisson. N’est pas bon DJ qui veut.

Pour finir, quelques extraits savoureux

Joël Farges, Cinéaste dans " Les anciens Comptoirs français de l’Inde : Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanon " (p. 57) : " Je découvre les photographies de Guillaume Zuili et elles m’apprennent que Pondichéry n’existe pas."

Pondichéry (p. 17) : " Pondichéry n’existait pas. "

Dans l’Inde du Sud, le Coromandel (p. 45) : " Civa a dans ses huit mains le trident, le daim, l’arc, la massue, le tambour, la corde, l’épée et le disque du tonnerre. Soubramanyé a l’arc, les flèches, et le glaive, autre image de la foudre. Parvati tient une fleur du lotus dans deux de ses quatre mains. Des deux autres, l’une est dressée, dans le signe qui rassure, l’autre largement ouverte dans le signe de la charité. "

Pondichéry (p. 246) : " Siva dans ses huit mains tenait le trident, la conque, la massue, la corde, le tambour, l’épée, la roue de la vie et le disque du tonnerre. Soubramanya portait l’arc, les flèches et le glaive, autre image de la foudre. Parvati avait une feuille de lotus dans deux de ses quatre mains, et des deux autres, l’une était dressée dans un geste qui rassurait, l’autre largement ouverte dans le signe de la charité. "

Pondichéry (p. 195) : " Londres s’évertue à tous nous dégoûter par des taxes multiples, des interdictions de transport, des formalités douanières.
- Des chinoiseries ! lança Jehanne. "

Désordres à Pondichéry (p. 39) : " Rien de surprenant à ce que l’Angleterre en ressente quelque agacement et s’évertue à nous lasser, nous dégoûter par tous les moyens administratifs : taxes multiples, interdictions de transports, chinoiseries douanières. "

Pondichéry (p. 199) : " Les Aryas ou Aryens ne sont-ils pas, rétorqua La Verdière, le premier peuple de l’Inde ?

Désordres à Pondichéry (p. 58) : " Qu’est-ce que les Aryens ou Aryas ? C’est l’ancien peuple de l’Inde, sottement plagié par des maladroits ! "

" Sottement plagié par des maladroits ", en effet. Thierry Ardisson, si c’est effectivement lui qui s’est occupé de cette basse tâche qui consiste à plagier un livre, a dû bien rire en recopiant, parmi plusieurs pages qu’il plagiait à la suite, cette phrase-là ! Au passage (si je puis dire), rien qu’avec ce passage-là, on dépassait largement les 70 lignes qu’il revendiquait dans l’interview de France Soir en 94...

De Lanka à Pondichéry (p. 190) : " Ce soir, 31 décembre, bal de réveillon au Gouvernement. Deux fois par an, à l’occasion de la fête nationale et au Nouvel An tout Pondichéry est convié à une " soirée " chez le gouverneur. Ce sont, d’ailleurs, les seuls événements " mondains " dans la colonie. [...] Installée dans la galerie, la musique municipale martèle des airs de jazz d’il y a huit ans. Alternant avec elle, un orchestre dans la salle, dont l’effort louable rappelle l’armée du salut, et l’habillement, des costumes d’opéra comique joue des tangos et des blues. [...] Tout autour de la salle des femmes font tapisserie, et bavardent leurs éventails. Des hommes font bande à part au bout de la galerie, et discutent les prix du coton et du caoutchouc, leur prochain congé et leur dernière maîtresse. "

Pondichéry (pp. 182 et 183) : " Deux fois par an, pour le 14 juillet et le nouvel an, le tout-Pondy est convié à une fête chez le gouverneur. La vie mondaine commence et finit là, m’avait confié Gramy père. Chacun prépare ses robes et ses costumes, ses compliments opportuns, ses meilleurs jeux de mots. J’arrivai vers neuf heures. La grande salle de réception et la longue véranda vitrée dans laquelle elle donnait étaient combles. Dans la première pièce, un orchestre dont les louables efforts évoquaient l’Armée du Salut et les uniformes de location ceux de l’Opéra-Comique enchaînait valses et tangos. En essayant de rester le plus longtemps possible à la verticale des ventilateurs qui tournoyaient entre les lustres de cristal, une dizaine de couples en sueur évoluaient, académiques et gauches, sur les accents mourants de mélodies démodées. En alternance, dans la galerie où l’on accédait par trois monumentales porte-fenêtres, la musique municipale martelait des rythmes de jazz des années vingt, déjà vieux. "

Pour finir en beauté, voilà ce qu’ose écrire Thierry Ardisson, juste après 3 pages entières de plagiat de ’Créole et Grande Dame’, et juste avant d’autres pages de plagiat de ce livre : " Dorgères s’est arrêté de lire. Il s’interroge à haute voix sur les destins comparés de Jehanne et Joséphine, toutes deux créoles appelées à régner... Après quelques considérations uchroniques et une bonne rasade de son " thé ", il reprend la lecture de son récit. "

Il n’avait pas besoin de reconnaître son plagiat dans la presse, il l’avait déjà avoué dans son propre livre !

Enquête menée par Jean Robin, pour le site d’information Tatamis (http://www.tatamis.info) (pour rentrer en contact avec moi, merci d’utiliser à la fois les deux mails suivants, ma messagerie noos ayant souvent des problèmes : jean608@noos.fr et jean0608@gmail.com)

Cet article est en copyleft, vous pouvez le reproduire sans accord préalable à condition d’en indiquer la source : http://www.tatamis.info/medias/controle_citoyen/ardisson.htm

La loi ne m’autorise pas à diffuser librement le livre de Thierry Ardisson sous format word avec toutes les références (passages plagiés, livre dont chacun est tiré, page, etc.), mais je tiens ce fichier à disposition des journalistes qui souhaiteraient faire une contre-enquête.


Lire les billets précédents :

- Le plagiat d’Ardisson III : Jean Robin, pirate et citoyen (dimanche 9 octobre 2005) ;
- Le plagiat d’Ardisson II : le pirate de Canal + (mercredi 5 octobre 2005)
- Le plagiat d’Ardisson : le pirate d’Europe 1 (vendredi 16 septembre 2005)

Don't be the product, buy the product!

Schweinderl